Qu’est-ce qui importe le plus en yoga finalement ? Bien plus qu’une posture…

Qu’est-ce qui importe le plus en yoga ? Bien plus qu’une posture…

Pour les profanes et les amateurs d’Instagram, le yoga évoque souvent un tapis déroulé face à la mer, un corps souple en équilibre ou une posture qui semble inaccessible au commun des mortels. Et de fait, une certaine puissance associée à de la souplesse et de l’endurance. Aussi séduisante soit-elle, cette image ne raconte qu’une infime partie de l’histoire. Car si les postures occupent aujourd’hui une place centrale dans sa popularité, elles ne constituent qu’un aspect d’une tradition beaucoup plus vaste. La méditation, qui compte elle aussi ses adeptes, en est une autre facette essentielle.

Lorsque j’ai commencé à réfléchir au sujet, j’ai réalisé qu’y répondre littéralement était presque vertigineux car sa finalité est individuelle et personnelle. Il m’a donc semblé nécessaire de revenir à ses racines. Comme nous l’avons évoqué tout au long de cette année, le yoga s’appuie sur des textes fondateurs, parmi lesquels les Yoga Sutras de Patanjali occupent une place majeure. Initialement davantage spirituelle, cette discipline s’est diffusée à travers les postures et la naissance de multiples écoles. Selon la sensibilité, la culture ou le parcours des enseignants, peuvent également s’y ajouter des mantras, des mudras ou d’autres rituels, ouvrant ainsi une grande diversité d’expériences.

Yoga : l’union

Le mot yoga proviendrait de la racine sanskrite yuj, qui signifie « unir », « relier » ou « mettre ensemble ». Selon les Yoga Sutras, l’objectif ultime de la pratique est le samadhi, huitième et dernier membre du yoga. Selon les traditions, il peut être décrit comme un état de félicité, d’éveil ou d’absorption profonde. Au fond, il s’agit de rétablir une forme d’harmonie entre le corps, le souffle et le mental afin de cultiver un lien plus intime avec ce que certaines traditions appellent le Soi : notre nature la plus profonde.

Mais si le yoga ne se résume pas aux postures, alors qu’est-il exactement ?

Patanjali répond avec une formule devenue célèbre : Yogaś citta vṛtti nirodhaḥ. Le yoga est l’apaisement des fluctuations du mental. Cette définition résonne avec une étonnante modernité. Nos journées sont remplies de sollicitations, de notifications, d’informations et d’obligations qui captent sans cesse notre attention. Nous passons souvent d’une pensée à l’autre sans jamais nous arrêter.

Le yoga propose précisément l’inverse : créer les conditions d’une présence plus stable et plus consciente.

Patanjali et les huit membres : le yoga codifié

Patanjali, dont l’existence est généralement située entre le IIe siècle avant notre ère et le IVe siècle après J.-C., est le premier à avoir systématisé cet enseignement dans les Yoga Sutras, un recueil de 196 aphorismes décrivant un chemin vers la liberté intérieure.

Ce chemin est connu sous le nom d’ashtanga, le yoga à huit membres :

  • Yama : l’éthique dans la relation aux autres
  • Niyama : la discipline envers soi-même
  • Asana : les postures
  • Pranayama : le souffle et l’énergie vitale
  • Pratyahara : le retrait des sens
  • Dharana : la concentration
  • Dhyana : la méditation
  • Samadhi : l’éveil ou l’absorption

La surprise est souvent là : les postures, auxquelles nous associons spontanément le yoga, n’apparaissent qu’au troisième niveau. Elles ne sont pas le but. Elles constituent simplement l’une des portes d’entrée possibles. Comme le disait Sri K. Pattabhi Jois : « Pratiquez, et tout viendra. »

Une rencontre avec soi

Pourquoi tout ce chemin ? Parce que, selon Patanjali, nous vivons rarement en contact direct avec la réalité. Nous percevons le monde à travers nos habitudes, notre éducation, nos croyances, nos peurs, nos expériences passées et les multiples identités auxquelles nous nous attachons. Ces filtres façonnent notre manière de penser, de ressentir et d’agir. Le yoga n’a pas pour vocation de faire de nous quelqu’un d’autre. Il nous invite plutôt à distinguer ce qui nous appartient profondément de ce que nous avons accumulé au fil du temps. C’est une démarche discrète, souvent exigeante, parfois inconfortable, mais profondément libératrice.

Dans cette perspective, la souplesse ou la performance deviennent secondaires. Ce qui importe est la qualité de la rencontre avec soi-même et la capacité à voir plus clairement ce qui nous anime. Comme l’écrivait T.K.V. Desikachar : « Le succès ne réside pas dans notre habileté à pratiquer des postures, mais dans la façon dont elles transforment notre manière de vivre. »

Autant de yogas que de pratiquants

Et pourtant, ce chemin si précisément décrit, conduit à quelque chose d’infiniment personnel. Car chacun arrive sur son tapis avec son histoire, son tempérament, ses résistances et ses aspirations.

Considéré comme le père du yoga moderne, Krishnamacharya a incarné cette vision. Parmi ses élèves figurent B.K.S. Iyengar, Pattabhi Jois ou encore Indra Devi, trois personnalités qui ont développé des approches très différentes à partir d’un même enseignement. Comme le rappelait Krishnamacharya : « Ce n’est pas la personne qui doit se plier aux techniques du yoga. Ce sont les techniques du yoga qui doivent être ajustées pour chaque personne. »

Tous les chemins sont possibles

Krishnamacharya défendait une idée simple : le yoga doit s’adapter à la personne et non l’inverse. C’est le principe du viniyoga.

Je me reconnais particulièrement dans cette approche.

Comme beaucoup, j’ai trouvé ma régularité dans le vinyasa. Le mouvement soutenu et la coordination avec le souffle m’aidaient à apaiser ce mental toujours en activité. À cette époque, les longues immobilités du yin yoga me semblaient insurmontables. Elles laissaient trop de place à ce bavardage intérieur que je cherchais justement à calmer. Puis un jour, une rencontre a changé mon regard. J’ai découvert dans cette lenteur une autre forme d’écoute, et la puissance d’une pratique sans artifice, ou le visible n’a aucune importance.

D’autres encore trouvent leur voie dans le karma yoga, le yoga de l’action désintéressée, où la pratique consiste à servir sans attendre de récompense.

Les chemins diffèrent. L’intention demeure.

Une invitation, pas une injonction

Voilà peut-être ce qu’il faut retenir.

Le yoga n’est pas réservé aux personnes souples, calmes ou végétariennes. Il n’exige pas de correspondre à une image particulière ni à un objectif déterminé.

Dans son sens originel, il est une invitation à observer ce qui nous anime, nous limite ou nous disperse. Une invitation à développer davantage de présence dans notre rapport aux autres, à nous-mêmes, à notre souffle et au monde qui nous entoure. Avec le temps, les outils du yoga agissent de manière complémentaire : les postures stabilisent le corps, la méditation apaise le mental, le souffle harmonise l’énergie. Progressivement, la pratique nourrit la confiance, l’autonomie et la connaissance de soi. Elle favorise une forme d’alignement où les dimensions physique, mentale et émotionnelle cessent de fonctionner séparément. Elle autorise également à accueillir ce qui est, sans ressentiment car le meilleur a été déployé et parfois le résultat n’est pas celui escompté.

Pour certains, c’est une discipline, pour d’autres, une philosophie. Pour moi, c’est devenu une posture de vie. Comme l’écrivait B.K.S. Iyengar : « Le yoga est une lumière qui, une fois allumée, ne s’éteint jamais. Plus vous pratiquez, plus la flamme devient lumineuse. »


Kim a parfaitement raison : les postures sont un des éléments de quelque chose de plus grand. D’ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur les textes fondateurs, voici quelques articles qui pourraient vous plaire :

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