Dans quelle mesure le yoga peut influencer aussi notre comportement ?
On arrive fréquemment sur le tapis avec une attention qui papillonne, un élan en perte de vitesse, une patience à bout de souffle. Un comportement que l’on aimerait être plus « posé », alors on s’imagine qu’il faudrait au mieux, trouver des conseils dans un livre ou un cabinet, ou encore adopter un changement de vie radical. En cours, c’est un travail physique qui est demandé. Pourtant, dans le périmètre tranquille d’un tapis déroulé, quelque chose de plus discret se produit : le corps commence à dévoiler ce qu’il recèle déjà. Il s’étire, se déploie, se transforme et transforme.
Pour vous raconter mon expérience et celles que j’observe, voici un itinéraire quand on débute, pas un récit héroïque et ni chronologique. Une traversée humble.
Pratique après pratique, semaine après semaine, des qualités minuscules apparaissent lentement, parfois invisibles, mais qui changent tout. Un temps long qui ne se mesure ni en jour, semaine ou mois. Au rythme de chacun.
Étape 1 – L’attention
Je m’assois sur le tapis. Rien de spectaculaire, juste un retour à ce sol familier. Je ferme les yeux.
Le premier souffle n’est pas fluide : il est brouillon, irrégulier. Mais il est là. Et en posant mon attention sur l’inspiration, puis l’expiration, je sens un phénomène discret : ne plus être uniquement dans ma tête mais aussi dans mon corps et les deux sont un. Je reviens.
Dès le début du cours, le yoga invite à un mouvement essentiel : se recentrer. C’est comme si l’attention, fragmentée par la journée, se rassemblait en un point unique – moi.
Je réalise que cette présence-là n’est pas à créer, seulement à retrouver. Elle était sous des couches de bruit.
Étape 2 – Le souffle
Aujourd’hui, le cours est plus dynamique. Mon mental s’emballe : Je suis fatiguée, je n’y arriverai pas. Puis le professeur dit : « Respirez ».
Je le fais déjà naturellement. Cependant, en allongeant l’expiration, le corps se réorganise. La posture ne devient pas plus simple… elle s’installe et je l’habite davantage.
En conscience, le souffle agit comme une clé. Il dénoue les tensions, apaise la lutte, déplace l’effort là où il doit être.
En sortant du studio, je m’aperçois que c’est une ressource qui peut être utile dans une file d’attente, dans une conversation tendue, dans le brouhaha du quotidien.
Le yoga m’a rappelé que respirer est un baromètre, un outil interne, gratuit, accessible à chaque seconde.
Étape 3 – La stabilité
Posture d’équilibre. Un pied au sol, l’autre en l’air. Je vacille, peste intérieurement.
Puis, je me rappelle la semaine dernière : revenir au souffle, fixer un point et être consciente de tout le reste. Mes orteils s’étalent, mon pied s’ancre, ma colonne s’allonge.
La stabilité ne vient pas de l’immobilité parfaite, mais d’être parfaitement act(eur/rice) de ces micro ajustements qui permettent la stabilité dans ce déséquilibre. Une harmonie vivante. Je comprends qu’avant tout, je dois retrouver mon « centre », même si ça bouge.
Finalement, je navigue dans la vie sans m’effondrer : la vie, c’est de sentir en soi des élans et des émotions qui font perdre l’équilibre.
Étape 4 – La souplesse
Non, je ne touche pas mes orteils. Mais si j’arrête de vouloir à tout prix, quelque chose s’ouvre ailleurs. Un peu moins de tension au niveau des épaules, un dos qui s’allonge, une sensation de moelleux dans les hanches.
La souplesse n’est pas l’exploit se plier en deux. C’est l’art de créer de l’espace, là où je pensais être coincée — dans le corps, et aussi dans les idées, les réactions, les habitudes.
Je découvre qu’accepter la limite est parfois ce qui la transforme.
Le yoga m’apprend un type de flexibilité qui n’a rien à voir avec les photos : une souplesse intérieure.
Étape 5 – La force tranquille
Ça y est ! Je tiens le « Chien tête en bas » pendant 5 respirations. Justement pas en apnée ou en tétanisant mes bras ou mes mollets, mais en mettant l’énergie là où il faut et sachant relâcher aussi. Mon corps n’est pas un bloc monolithique. Je (re) découvre mes forces et faiblesses et m’en amuse.
Ma force n’est pas incroyable mais elle est stable, diffuse, presque silencieuse. La respiration la porte.
J’ignorais qu’elle pouvait être douce, sans esbroufe, sans conquête à mener.
Le yoga révèle une force calme et tranquille, celle qui ne cherche pas à prouver mais à soutenir.
Cette force-là me porte ensuite quand je fais face à une journée chargée sans m’éparpiller. Elle était en moi, latente.
Étape 6 – La douceur
Aujourd’hui, je remarque une nouvelle posture. La mienne vis-à-vis de la pratique : je suis moins guerrière. Je desserre mes mâchoires, arrête de forcer et vouloir y être vite. Je prends plus de temps pour me déployer dans un asana. La douceur n’est pas anodine : c’est une qualité. Elle demande de l’attention, du discernement, du courage même. Parce que la douceur implique de sentir ce qui se passe réellement.
Sur le tapis, je comprends comment moduler : j’évite l’excès, j’ajuste, je fais plus lentement.
Ici, la douceur n’est pas une faiblesse, c’est une manière d’habiter un corps qui ne se maltraite plus.
Étape 7 – L’élan
Un matin, sans réfléchir, j’essaie une variation que je n’avais jamais osée. Pas parce que je me sens forte, mais parce qu’un élan intérieur m’anime. Un mélange de confiance, de curiosité, et de savoir que je peux ne pas réussir parfaitement, à ce moment-là.
Cet élan – ce mouvement spontané – n’était pas disponible au début. Il émerge naturellement quand le corps se sent en sécurité. L’autosatisfaction qui surgit est immédiate et peut devenir addictive, un vrai shoot de joie personnelle.
Je comprends alors que le yoga ne crée pas le courage, il crée l’espace pour que la confiance se manifeste.
Étape 8 – Le repos
« Savasana ». La posture la plus simple à accomplir, et aussi la plus difficile quand on débute. La première fois, j’étais presque paniquée de voir les autres allongés comme des « cadavres ». Moi, je luttais pour rester immobile et cherchais la prof des yeux pour qu’elle arrête ce supplice.
Aujourd’hui, quelque chose bascule : je suis apaisée. La petite voix dans ma tête a fini par se mettre en sourdine. L’expiration m’emmène un peu plus loin.
Le repos est un besoin que l’on ne sait parfois plus reconnaître. Pourtant, c’est un temps durant lequel le système se recharge. Avant, je me reposais en m’effondrant.
Le yoga me montre un repos différent. Il restaure, répare, nourrit. Une certaine clarté s’installe ensuite dans ce calme.
Les qualités ne s’inventent pas : elles émergent
À travers cet itinéraire, quelque chose d’important se révèle : ces qualités ne sont pas à chercher à l’extérieur, elles ne sont pas à fabriquer, ni à mériter. Elles émergent.
Elles étaient là, silencieuses, en attente, sous les épaisseurs de l’éducation, des conventions, de la vie en pilote automatique…
Le yoga est cette exploration, ce voyage intime durant lequel, les couches de tension se délitent, où la présence s’affirme avec pour guide, le souffle.
On y redécouvre l’attention, la force tranquille, la douceur, l’élan, le repos – comme des dimensions intrinsèques de l’être humain. Cela peut-être infini. Et chaque corps révèle ses facettes à son propre rythme, sans se comparer, ni se contraindre. C’est peut-être là le véritable pouvoir du yoga : nous rendre ce qui nous appartenait déjà.

L’expérience de Kim nous éclaire sur son parcours et révèle comment chacun chemine dans sa pratique du Yoga. Le cheminement est à la fois physique et mental. Il est l’occasion d’une (re)découverte de soi. C’est pour cela qu’il est important pour nous de ne pas « classer » les élèves par niveau. Car l’exécution d’une posture ne dit rien de votre cheminement, c’est beaucoup plus complexe que cela. Alors nous accueillons chacun.e avec son parcours, son avancée, son corps, son âge et chacun.e est le bienvenu.e. Nous sommes ravies de tous vous guider !
