La spiritualité à travers 4 questions

La Yoga est une discipline holistique. Derrière ce mot, on entend : tradition, philosophie, spiritualité… Mais au fond, comment peut-on définir la spiritualité ? Et quel est le lien avec le Yoga ou avec la religion ? Pour tenter de répondre à cette question, nous nous sommes appuyé un travail collectif réalisé par des professeurs-chercheurs dans des universités françaises, mais aussi suisse, espagnole, allemande et étatsuniennes.
Voici en 4 questions quelques éléments de réponses pour mieux comprendre ce qu’est la spiritualité.

1. Qu’est-ce que la spiritualité ?

La spiritualité comme une recherche de sens

« La spiritualité est souvent définie comme une recherche intérieure, propre à chaque individu en quête de sens et de buts dans l’existence. Elle est associée à une certaine forme d’appréciation de la vie. Il s’agit d’une dimension distincte et universelle de l’expérience humaine. C’est une force qui connecte l’individu avec lui-même, les autres et l’environnement. La conscience de soi et la transformation du soi dont des éléments récurrents qui traduisent une quête intérieure, mais aussi une confrontation à un élément plus grand que sa propre existence. »

Une quête universelle

« La spiritualité serait un trait naturel chez tous les êtres humains, plus ou moins activée selon les personnes et les nécessités du contexte dans lesquelles elles sont insérées. La spiritualité ne serait pas une propriété spécifique à un groupe ou une religion. Elle existerait chez les hommes et les femmes de toutes les ethnies, croyances et cultures, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des institutions religieuses et elle supposerait certaines qualités de l’esprit, comme la compassion, l’empathie, la gratitude, la conscience d’une dimension transcendante… »

2. Quelle est la différence entre spiritualité et religion ?

Toutes les religions proposent une spiritualité. En revanche toutes les spiritualités ne sont pas des religions. D’ailleurs, tous les auteurs ne sont pas d’accord sur les limites de l’une et de l’autre, néanmoins, voici quelques éléments de réponses.

« La spiritualité est :

  • Plus individuelle ;
  • Plus subjective ;
  • Moins formelle ;
  • La dimension émotionnelle est orientée vers le soi ;
  • Il n’y a ni autorité ;
  • Ni doctrine.

La religion est :

  • Plus collective ;
  • Plus objective (donc mesurable) ;
  • Elle est organisée ;
  • Ritualisée (pratiques sociales) ;
  • Soumise à des instances de pouvoir ;
  • Développe une doctrine qui sépare le bien du mal. »

3. Qu’est-ce qu’apporte la spiritualité ?

Des émotions positives

Le fait d’être religieux ou spirituel a un effet sur la manière de réguler les émotions ressenties. En effet, les personnes religieuses et spirituelles considèrent que la vie humaine individuelle existe au sein d’un système plus large. Une sorte de système organisé par un ordre supérieur et contre lequel il est futile de vouloir se battre. Cela leur permet d’adopter plus souvent une stratégie de régulation émotionnelle qui s’appelle l’acceptation.

La capacité d’acceptation

« En adoptant une telle mentalité [l’acceptation], les personnes religieuses et spirituelles sont davantage capable de reconnaître la réalité d’un événement émotionnellement négatif et de l’accepter. En conséquence, elles ont tendance à ressentir moins d’émotions négatives et plus d’émotions positives. Dans le même ordre d’idées, [elles] ont également tendance à percevoir aussi bien des événements personnellement importants que des occurrences mondaines quotidiennes comme profondément porteurs de sens. Cette tendance à réinterpréter et à réassigner des significations à des événements divers et variés coïncide avec une stratégie de régulation émotionnelle nommée la réévaluation cognitive. En effet, les personnes religieuses et spirituelles pratiquent fréquemment la réévaluation cognitive. Cette stratégie adaptative leur permet de considérer leurs expériences négatives différemment et de trouver un côté positif à un événement difficile. »

Des ressources en cas de coup dur : ne pas se sentir seul et avoir foi en l’avenir.

Lorsque la vie met sur votre route des épreuves : coup dur, maladie ou décès, la spiritualité permet de ne pas se sentir seul face à cet événement. L’idée de transcendance c’est l’idée que l’on est un être vivant au sein d’un écosystème que l’on ne maîtrise pas tout. Cette notion aide à prendre de la distance et à chasser la culpabilité et l’égo. Le travail d’acceptation quant à lui permet de mieux accompagner ce moment douloureux. Ce sont tout autant de ressources tournées vers une croyance positive pour la suite, pour l’avenir. En effet, les professionnels de santé constatent des différences significatives de guérison et de qualité de vie entre les personnes qui assument une spiritualité et les autres.

4. Le Yoga & la spiritualité

Le Yoga et la méditations sont connus pour être des pratiques dites spirituelles. « Ce n’est pas l’activité en tant que telle qui est spirituelle, mais elle le devient quand elle est insérée dans des dimensions qui caractérisent la spiritualité ». Et par conséquence, le sens qu’on lui donne.
La spiritualité implique « aussi des mouvements corporels, des gestes et des postures que chacun peut adopter durant la pratique spirituelle dans laquelle il s’engage. En effet, le corps jour un rôle important dans certaines pratiques comme le Yoga ou la méditation. […] Des recherches récentes portant sur la cognition incarnée suggèrent l’existence d’une relation réciproque entre le corps et l’esprit. En d’autres termes, nos émotions et nos pensées sont exprimées dans et par le corps, tout comme le corps participe à la construction de l’expérience psychologique. […] Des postures physiques pourraient directement modifier les expériences affectives. » C’est effectivement ce que vous expérimentez dans les cours de Yoga.
En conséquence, votre pratique de Yoga peut vous ouvrir à une forme de spiritualité si cela vous aide à donner du sens à votre trajectoire, ou pas.


BONUS 1

Si le sujet de la spiritualité vous intéresse, nous vous invitons à lire le petit livre Le yoga comme art de soi de Philippe Filiot. Voici un extrait :

L’expérience des limites
« Certaines postures sont parfois si difficiles à réaliser que l’on se heurte bientôt à ses propres limites. Il faut le reconnaitre : je n’y arrive pas. Impossible. C’est trop fort pour moi !
Il ne faut pas se forcer, lutter, mais il ne faut pas non plus se décourager, laisser tomber. Souvent nous sommes trop durs avec nous-mêmes, ce qui conduit à nous sentir coupables, ou bien à l’inverse, nous sommes trop « cool », baissant les bras devant la difficulté et préférant notre petit confort personnel… Le yoga en cela est une leçon d’humilité et de lucidité devant la vie telle qu’elle est. Entre la résignation et le combat, il y a une troisième voie : l’acceptation. Une acceptation active, courageuse, transformatrice. »

BONUS 2

Autre définition du mot « flow », différente du sens qu’on donne à la fluidité dans les cours de Yoga.  « On peut définir le flow comme un état psychologique spécifique ressenti par une personne quand elle est complètement absorbée par une activité et qu’elle se trouve dans un état maximal de concentration. Cette expérience dite optimale présente huit caractéristiques parmi lesquelles on peut noter une perception altérée de la durée du temps et une perception de soi qui disparait et qui est renforcée suite au vécu de l’expérience optimale. »

Categories: